Le traducteur médiateur

Le langage a de tout temps eu un impact sur la pensée. Lorsqu’on parle mal, on pense mal. Lorsque notre champ lexical est restreint, notre pensée l’est tout autant. Face à un plurilinguisme et à un interculturalisme croissant, la traduction permet de transposer des référentiels d’un contexte à un autre. Mais traduire dans un contexte de crise est un exercice périlleux.  Car, le choix des mots a une importance capitale. Omettre ou dire, il faut choisir !En août dernier, lors de la rencontre entre Poutine et Macron au Fort de Brégançon, nous ne sommes pas passés loin d’un incident diplomatique. Lorsque les répressions en Russie ont été évoquées, Poutine a en réponse fait référence à la crise des gilets jaunes, disant qu’il y avait eu en France « 11 morts et 2000 blessés », la traductrice par maladresse ou omission a alors traduit cette phrase en la transformant en « des dizaines de personnes blessées », ce qui atténue quelque peu les propos du président russe.

A-t-elle fait cela intentionnellement ? On est en droit de se poser la question. A-t-elle volontairement joué le rôle de médiatrice, de diplomate ?…

La traduction est un travail qui requiert neutralité, objectivité et impartialité, mais il arrive que la perception du traducteur, notion très subjective, car elle fait appel aux sens, ne soit pas la même que celle de ses interlocuteurs. Les propos traduits sont le fruit de la propre compréhension du traducteur et deviendront ensuite celui de la personne à qui il les restitue.

En situation de crise, la responsabilité du traducteur est immense, car nul n’est plus sourd que celui qui ne veut entendre. Dans cette relation tripartite, le traducteur est le gardien du sens, le pilier de la communication, mais rien ne peut se faire si l’émetteur et le récepteur manient l’art de se jeter la faute, rendant ainsi le traducteur responsable de tous les maux (ou mots).,

Laisser un commentaire

quinze + onze =

Fermer le menu